MAITRON (J.)


MAITRON (J.)
MAITRON (J.)

Jean MAITRON 1910-1987

Un des fondateurs de l’histoire ouvrière, celui qui a le plus agi pour qu’en France, comme en Angleterre ou en Allemagne, cette histoire, longtemps maudite, se voie reconnaître un statut scientifique, Jean Maitron, né dans la Nièvre en 1910, est mort à Paris le 16 novembre 1987.

Peut-être est-ce son expérience politique, à la fois héritée et vécue, ainsi que le caractère atypique de sa carrière dans le milieu universitaire français qui lui ont permis de jouer un rôle à la fois pionnier et fédérateur, aujourd’hui reconnu par tous. Comme il l’a rappelé dans l’avant-propos de son ouvrage Paul Delesalle , réédité en 1985, son tempérament et ses choix doivent beaucoup au milieu familial; un grand-père cordonnier à La Charité-sur-Loire, anticlérical et républicain, patriote et communard, ami de Louise Michel; un père instituteur, marié à une institutrice, abonné à L’Humanité et «de sentiments anarchistes», syndicaliste et révolté. Dès que Jean Maitron, fils de Marius, arrive à Paris en 1930, son sens de la contestation, son admiration pour la jeune Union soviétique, son goût profond pour l’organisation orientent cet instituteur de vingt ans vers le Parti communiste. Le militantisme au sens traditionnel du terme emplit sa vie jusqu’à la guerre. Communiste, il veut voir par lui-même l’U.R.S.S. en août 1933, 1’Allemagne de décembre 1933 à juin 1934. À son retour d’Union soviétique, il adhère quelque temps à la Ligue communiste, d’inspiration trotskiste. À son retour d’Allemagne, il réintègre le parti avec l’aide de Marcel Cachin et devient secrétaire national du Comité de lutte contre les bagnes d’enfants.

C’est le pacte germano-soviétique qui le rejette définitivement hors du P.C.F. et le conduit à se rapprocher durablement de l’équipe qui animait La Révolution prolétarienne : Maurice Chambelland, Pierre Monatte, Alfred Rosmer.

C’est pendant la guerre qu’il commence à transférer sur l’histoire ouvrière ses espérances politiques déçues, mais non reniées. Sa thèse sur Le Mouvement anarchiste en France, dirigée par Pierre Renouvin et soutenue en 1950, lui permet de retrouver ses racines familiales et de s’attacher à des hommes et à des groupes dont il avait souvent critiqué les modes de combat. Édité chez Sudel, la maison d’édition du Syndicat national des instituteurs, plusieurs fois réédité en une version complétée depuis lors, ce livre, fondamental, à la fois sympathique à son objet et distant de celui-ci, anticipe les grands travaux d’histoire ouvrière des années 1970. Mais, au début des années 1950, rares sont ceux qui croient à cet avenir et à celui de cet instituteur-docteur d’État, qui a oublié de passer par la rue d’Ulm et de se présenter à l’agrégation...

Dès mars 1949 pourtant, avec 1’aide d’Édouard Dolléans et de Georges Duveau, Jean Maitron, inquiet de voir les archives ouvrières disparaître dans l’indifférence conjointe des militants et des pouvoirs publics, crée l’Institut français d’histoire sociale. Il a même un moment l’espoir d’en faire le noyau d’un centre de recherche unique sur l’histoire ouvrière. S’il doit bientôt y renoncer, il reste chasseur d’archives, et il l’est toujours lorsque, nommé maître-assistant à la Sorbonne en 1963, il y anime jusqu’à sa retraite, en 1975, le Centre d’histoire du syndicalisme, rattaché à Paris-I. Autour de ces institutions va naître une grande revue, Le Mouvement social .

D’abord simple bulletin de l’I.F.H.S. (1953), L’Actualité de l’histoire change en 1961 de nom, de format, de rédaction et d’ambitions au lendemain d’un colloque resté célèbre sur «Le Militant ouvrier». Lorsque Jean Maitron quitte, dix ans plus tard, la direction du Mouvement social , il laisse une pépinière de jeunes talents, une revue au rayonnement international et à la prospection constamment renouvelée. S’il s’en va, après avoir notamment dirigé, avec Michelle Perrot et Madeleine Rebérioux, un numéro spécial sur Mai-68 intitulé La Sorbonne par elle-même – un gros volume, un classique –, c’est qu’il veut désormais consacrer tout son temps à l’entreprise de sa vie, Le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français . Il y songeait depuis sa thèse.

Une triple ambition l’anime en effet: faire revivre non seulement les militants célèbres, mais le peuple des ombres, les sans-voix; présenter toutes les «familles» idéologiques et politiques, sans en omettre, sans en privilégier aucune; entendre le mouvement ouvrier au sens large, en y incluant tous ceux qui ont, ne fût-ce qu’un court instant, participé à la vie militante ou fait l’objet d’une répression, les intellectuels compris. L’ordre du «Maitron» comme on dit bien vite, est naturellement alphabétique, le découpage, chronologique.

Quatre tranches: de la Révolution française à la naissance de la Première Internationale – le premier tome paraît en 1964 –, de la Première Internationale à la Commune, de la Commune à la Grande Guerre, de 1914 à 1939.

Quarante-deux volumes prévus dont une petite maison, les Éditions ouvrières, supporte quasi seule le poids financier – l’aide du C.N.R.S. n’apparaît qu’en 1982 – et dont Jean Maitron assume seul la responsabilité intellectuelle. Le voici à la tête de quelque trois cents collaborateurs: une véritable équipe. À sa mort, trente tomes sont sortis, sans compter plusieurs volumes consacrés au mouvement international: l’Autriche et l’Angleterre, la Chine et le Japon. L’entreprise se poursuit après la disparition de son maître d’œuvre.

Les froideurs de l’Université officielle – Jean Maitron a fini sa carrière comme maître assistant – ont contribué sans doute à nourrir l’admiration de ses amis et la confiance de toutes les organisations se réclamant du mouvement ouvrier à l’égard du plus grand entrepreneur de travaux historiques de notre temps.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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